Témoignages

Nous voulons attirer l'attention sur la vulnérabilité et les droits des personnes circulant à vélo. Vous avez été victime d'un accident? Avez été témoin d'un comportement dangereux? Vous avez une idée pour améliorer la sécurité et le partage de la route? Soumettez-ici votre témoignage et vos idées!




À 69 ans, le sport était sa plus grande passion

publié le 24 avr. 2015 à 07:31 par Marc-André Genest   [ mis à jour : 24 avr. 2015 à 07:31 ]

Olivier Dumoulin, 24 avril 2015, Montréal

Ma mère est décédée le 15 Avril 2015, happée par un camion alors qu'elle était à Vélo à Laval. Elle s'entraînait en vue d'un voyage de vélo avec des amis en Espagne.

Elle avait 69 ans. Le sport, c'était sa plus grande passion.

Elle laisse son copain, trois enfants, six petits enfants, quatre soeurs et bien d'autres famille et amis dans un deuil profond et douloureux.

Je serai présent au tour, cette année et chaque année suivante, en sa mémoire.

Étienne, 25 ans

publié le 7 mai 2013 à 05:22 par Natacha Migneault   [ mis à jour : 7 mai 2013 à 05:31 ]

22 mai 2012: une date qui restera gravée dans ma mémoire. Ma vie a basculé en raison d’un accident de vélo. Avant cet évènement, la bicyclette était mon moyen de transport, été comme hiver. Je me rendais à l’école à 12 km de chez moi à chaque jour grâce à mon vieux Peugeot, pas solide, mais très rapide… Selon ma perception, je conduisais de manière sécuritaire: un casque, des signaux avec les mains, ralentissements aux coins de rue… seulement, j’avais une confiance aveugle envers la conduite des  automobilistes et j’aimais descendre à toute vitesse les pentes de la ville.

« ... j’avais une confiance aveugle envers la conduite des  automobilistes et j’aimais descendre à toute vitesse les pentes de la ville. »
 
Dans mon parcours quotidien, je descendais la côte de la rue Iberville à partir de Sherbrooke jusqu’à Maisonneuve. J’avais l’habitude d’attendre la lumière verte de la rue Hochelaga pour partir à toute vitesse, puisque les lumières sont synchronisées jusqu’à la rue Maisonneuve. J’atteignais facilement 50 km à l’heure, je dépassais les voitures et l’adrénaline était à son maximum. J’ai pris le même risque des centaines de fois. Pour moi, il n’y avait plus de danger; je riais des automobilistes qui dépensent des fortunes et  qui sont esclaves du trafic quotidiennement.

Ce matin-là, il pleut. Ça ne fait pas de différence pour moi, j’ai mon imperméable ainsi qu’un super Peugeot aux pneus lisses et des freins lousses… Nous sommes le mardi matin suivant le congé des Patriotes et je suis lunatique. Avec la chaussé mouillée, j’atteins probablement  une  vitesse supérieure à l’habitude, puisque arrivé à la rue Ontario, le feu est toujours rouge, une voiture attend dans la voie de droite  et un camion extra large de dix roues domine le centre !!! Oups, je m’en aperçois au dernier moment, j’essaie de freiner à deux mètres de l’arrière de l’auto, mais les freins sont trop mouillés et ne ralentissent pas mon bolide. Je frappe alors la voiture et je me retrouve en dessous du camion arrêté, mais pas pour longtemps, puisqu’il démarre au même moment. À partir de là, je ne sais pas pourquoi la roue ne m’a pas écrasé; j’ai probablement eu le réflexe de me tenir sur une paroi du véhicule. Le camion de quelques centaines de tonnes ne m’a jamais remarqué et je me suis éjecté moi-même 160 pieds plus loin. Je n’ai pas été écrasé, mais le camion a tout de même fait son œuvre.

« Grâce à mon casque, les dommages à la tête se résument à un trauma crânien léger… je n’ose pas imaginer les dégâts si je ne l’avais pas porté. »
Je suis à l’agonie, j’ai des fractures au bassin dont l’une ouverte, mes poumons sont perforés, des cotes sont cassées et j’ai une très grave hémorragie au foie. Ma vie est en danger. Les secours arrivent rapidement et m’amènent à l’Hôpital Général de Montréal où une équipe spécialisée en trauma est prête à m’opérer. Ils me sauvent la vie. Selon les médecins, trois minutes de retard auraient été de trop. De plus, grâce à mon casque, les dommages à la tête se résument à un trauma crânien léger… je n’ose pas imaginer les dégâts si je ne l’avais pas porté.

L’évènement cause un choc pour mon entourage. Cela les monopolise durant mon séjour de trois semaines aux soins intensifs, de six semaines aux soins réguliers et d’un mois en réadaptation. J’ai tellement subi d’opérations et d’interventions durant cette période que je ne peux pas les compter. D’ailleurs, je suis encore en attente d’une opération pour me rattacher les abdominaux. C’est un miracle que je me sois rétabli aussi rapidement de cet accident; quatre mois après, j’étais de retour à l’école.

Je remercie le ciel que ma colonne vertébrale ait été épargnée. Au centre de réadaptation, il y avait des jeunes devenus paraplégiques suite à des accidents beaucoup plus banals que le mien. J’étais troublé par le fait que certains devaient se stimuler la prostate pour aller aux toilettes et s’insérer un cathéter dans l’urètre pour pouvoir uriner.
« Même si on est très prudent, on ne peut pas tout prévoir; il peut toujours y avoir un automobiliste qui n’aura pas vérifié son angle mort ou qui ouvrira sa porte lorsque le cycliste est entre deux autos. »

Je n’ai toujours pas roulé en vélo à Montréal depuis l’accident. Mon hernie incisionnelle me limite dans les efforts continus. L’évènement hante mes pensées et j’éprouve de l’anxiété à l’idée de rouler dans le trafic du centre-ville. Si un jour je recommence à voyager en vélo en zone urbaine, j’utiliserai un vélo de montagne avec des freins infaillibles pour être certain de de ne pas rouler trop rapidement!

Finalement, je retiens de mon expérience que lorsqu’on prend un risque en vélo, le danger est qu’on s’habitue trop facilement à prendre le même risque et que l’on oublie alors que cela est dangereux. Peu importe que cela n’apporte jamais de conséquence, une petite seconde d’inattention peut être fatale. De plus, je suis toujours étonné en voyant qu’en 2013, certains cyclistes refusent de porter un casque ou même de posséder des freins sur leur vélo fixed gear. Même si on est très prudent, on ne peut pas tout prévoir; il peut toujours y avoir un automobiliste qui n’aura pas vérifié son angle mort ou qui ouvrira sa porte lorsque le cycliste est entre deux autos.

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Survivre à un accident de vélo-auto: Pierre Serré raconte

publié le 6 mai 2013 à 14:42 par Natacha Migneault

C’était par une belle journée ensoleillée de printemps. Pierre, un fonctionnaire au ministère de l'immigration de 44 ans, amoureux et père d’un garçon de trois ans, enfile son sac à dos et part travailler. Quelques kilomètres séparent sa maison de son lieu de travail. Depuis le quartier Rosemont où il réside, il met environ trente minutes à se rendre au bureau. Cette journée-
« Je me souviens de m'être demandé si je devais rentrer vers l'intérieur ou l'extérieur de la porte pour adoucir le choc »
là, il emprunte, comme à son habitude, la rue Molson en direction de la rue Rachel vers le centre-ville. La rue est mal faite, les voitures stationnées laissent peu d'espace pour le passage des cyclistes qui roulent sur le bas-côté pour ne pas empiéter sur la chaussée. Puis, une porte de voiture s’ouvre devant lui sans qu’il puisse réagir à temps. « Je me souviens de m’être demandé si je devais rentrer vers l'intérieur ou l'extérieur de la porte pour adoucir le choc ». Mais avant qu'il ne puisse répondre à la question, son corps est propulsé jusque dans l'autre voie. Puis, une voiture lui passe sur le corps.

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À son réveil après cinq semaines de coma provoqué, Pierre met du temps avant de recouvrer pleine conscience. Il patauge plutôt dans un « délirium des soins intensifs ». « Peur des infirmières, des médecins... Les gens comme moi qui ont énormément de douleurs développent ce trouble paranoïaque ». Parmi la longue liste de blessures (organes internes, côtes, vertèbres, genou, chevilles, épaule gauche, bassin...), trois d’entre elles sont mortelles, celles au sacrum, au ventre, ainsi que l'aorte rompue. Les principaux organes internes ne fonctionnent plus, les médecins le mettent sur respirateur artificiel.... « Dix ou vingt ans auparavant, avec les techniques qu'ils avaient, je ne serais plus de ce monde », constate-t-il.

Son séjour à l’hôpital s’étire sur quatre mois et demi. « J'étais comme délivré de mon corps. Il ne m'appartenait plus. J'étais couché et je n'avais à me soucier de rien, on me lavait, j'étais nourri par intraveineuses... Puis, les inquiétudes commencent à arriver. Je commence à comprendre mes limitations. » Les orteils de son pied droit ne bougent plus. S'asseoir pour la première fois est une montagne. Il doit réapprendre à marcher... S’ensuit un séjour de cinq autres mois dans un institut de réadaptation. C’est presque une année entière de sa vie, perdue.

Cette vie qu’il retrouve n’est plus la même. Sa conjointe l’a quitté alors qu’il soignait ses nombreuses plaies à l’hôpital. Il n'arrive pas à s'occuper de son fils comme il le voudrait. Le brillant docteur en sciences politiques ne peut plus travailler. Maintenant en couple avec une nouvelle femme, il n'arrive plus à être l'amant qu'il a été. Le sportif qu'il était peut toujours marcher et nager, mais il ne peut plus jouer au hockey, enfourcher un vélo ou faire de longs trajets en voiture...

C’était il y a cinq ans. En mars, Pierre a subi une 14e opération. Une 15e et dernière opération - parmi les plus douloureuses - viendra, l’espère-t-il, l’aider à vivre mieux. Suivra une autre année de convalescence…

À l'occasion du Tour du silence de Montréal, Pierre souhaite lancer un message de prudence aux usagers de la route. « Les cyclistes ont tendance à se croire invulnérables. Ils ont cette pensée magique que rien ne va leur arriver, qu'une voiture n'est pas dure, lourde et menaçante... Or, il faut garder à l'esprit qu'il peut toujours y avoir une porte qui nous attend quelque part. »

Pierre Serré estime que certaines artères montréalaises ne devraient pas être fréquentées par les cyclistes: «les endroits avec des trous épouvantables, les rues où il n'y a pas de place pour passer avec les autos, les principales artères rapides et achalandées.» Il rappelle qu'il vaut mieux être prudent pour dix et y aller plus tranquillement, quitte à arriver un peu plus tard...

« Si j'avais un seul message à transmettre, j'essaierais de faire prendre conscience aux cyclistes l'ampleur des dévastations que ça amène. Y compris le stress que ça pose sur la famille. Mon petit garçon qui a vécu cauchemars par dessus cauchemars et reste aujourd’hui encore angoissé..., mon ex-conjointe qui n'a pas été capable de supporter la pression. Et j'essaierais de faire comprendre aux automobilistes qu'ils ne sont pas dans une relation d'égal à égal. Ils sont immensément plus puissants que les vélos », signale-t-il enfin.

Jocelyne planifiait un voyage de vélo au Portugal...

publié le 15 mai 2012 à 06:52 par Marc-André Genest   [ mis à jour le·22 avr. 2013 à 20:18 par Natacha Migneault ]

par Suzanne Rochette, Montréal

Mon conjoint Alain est un amoureux du vélo. Il faisait de la compétition chez les maîtres. Maintenant il roule avec la gang de Cycle Pop ou tout seul. Il aime ça. Il y a 9 ans, il a fait le tour de la Gaspésie avec les voyages du tour de l'île. À une des étapes, il s'est rendu compte que sa soeur Jocelyne s'était aussi inscrite avec une amie. Jocelyne avait 60 ans à l'époque. Top shape, retraitée depuis 5 ans dans la vague des mises à la retraite massives du secteur de la santé. Ils ont beaucoup aimé l'expérience et l'année d’après ils ont remis ça pour un autre grand tour. Elle avait commencé à faire du sport à l'âge de 40 ans; des cours de natation au YMCA parce qu'elle avait peur de l'eau et ne savait pas nager. Ensuite des cours d'aérobie. 1 an plus tard c'est elle qui donnait des cours. C'est Alain qui l'avait initié à la randonnée en vélo. La première fois, elle avait roulé 40 km sur un vieux bécik qui pesait une tonne. Le lendemain, elle s'était acheté un vélo de route et s'était découvert une passion qui ne l'avait jamais quittée.
« Jocelyne s'est fait ramasser par un camion sur une route passante près de Granby alors qu'elle roulait sur son Marinoni rouge le 31 mars 2005. »

En 2005, Jocelyne, qui planifiait un voyage de vélo au Portugal (le signet était sur cette page dans son appartement), en 2005 donc, Jocelyne n’est allé nulle part. Jocelyne s'est fait ramasser par un camion sur une route passante près de Granby alors qu'elle roulait sur son Marinoni rouge le 31 mars 2005. Elle ne l'a jamais vu venir. On ne saura jamais ce qui s'est passé dans sa tête. Après être repartie à un arrêt, elle s'est fait frapper. Peut-être que sa pédale ne clippait pas, on ne comprend pas. Les deux amis qui étaient avec elle ne comprennent pas non plus. Son vélo neuf accoté sur le mur de sa chambre n’avait pas encore servi...

Passagère de taxi enragée

publié le 14 mai 2012 à 08:56 par Marc-André Genest

par Grégory Paradis, Québec

Grégory Paradis est un cycliste qui a subi les foudres d’une enragée de la route, sur le boulevard René-Lévesque, à Québec, l’an dernier. Voici son témoignage:


La voiture qui roulait trop près et trop vite pour attraper la lumière jaune n'a pu l'éviter

publié le 8 mai 2012 à 06:24 par Marc-André Genest

par Claudine Simon

"Dimanche dernier mon chum en vélo s'est fait frapper par une voiture. Il s'est tassé pour éviter un piéton avec un chien apparu soudainement et la voiture qui roulait trop près et trop vite pour attraper la lumière jaune n'a pu l'éviter. Il va mieux mais est encore à l'hôpital. Je vais être là."

Une tentative de blague qui a mal tournée

publié le 8 mai 2012 à 06:17 par Marc-André Genest

par Bruno Chicoine, Montréal

"Certains automobilistes et motards passent parfois très près des cyclistes pour les intimider ou à la blague. Un membre de ma parenté est décédé en raison d'une tentative de blague qui a mal tournée. Même à basse vitesse, un crâne n'a aucune chance face au sol pavé... Il faut développer le réseau de pistes cyclables isolées de la circulation routière. Les cyclistes optent toujours pour la piste cyclable plutôt que de côtoyer les voitures sur le boulevard."

Distraction au volant

publié le 18 avr. 2012 à 12:35 par Marc-André Genest   [ mis à jour le·22 avr. 2013 à 20:24 par Natacha Migneault ]

par Marc-André Genest, Montréal.

Le 6 octobre 2004, vers 16h00, je roulais en vélo sur le chemin Camilien-Houde sur le Mont-Royal. J’étais rendu dans la ligne droite après la première courbe. L’accotement est très large à cet endroit et j’étais même à l’extrême droite de celle-ci.

Soudain, une voiture a foncé directement dans ma roue arrière. Je roulais à 12 km/heure. La voiture roulait à environ 50 km/h. Sur l’impact, le vélo a disparu; propulsé vers l’avant. Une fraction de seconde plus tard, mon dos heurtait le pare-brise de l’automobile. Ceci a eu pour effet de me propulser dans les airs. J’ai fait une culbute et je suis retombé sur le dos pour ensuite rouler sur un mélange d’asphalte et de gravier. Sur le coup, j’ai perdu le souffle et j’étais incapable de respirer.

Je me suis relevé par réflexe, croyant être au milieu de la rue et encore en danger. À ma grande surprise, je n’ai vu aucune voiture arrêté dans l’accotement. « Est-ce un fou qui m’a volontairement foncé dedans? » me suis-je demandé. La voiture n’a jamais ralentie; ni avant, ni pendant, ni après(!) l’impact. Voyant que j’étais en sécurité loin de la circulation, je me suis effondré en tentant de retrouver une respiration normale.

À partir de là, j’étais incapable de bouger. Deux jeunes femmes, d’une autre voiture, sont venues à mon secours. L’une d’elle a fait le 911 et demandé une ambulance. Quelques minutes plus tard, une autre femme est arrivée pour m'annoncer qu'elle était la responsable de mes malheurs. Elle n’avait rien vue(!). Selon ses propres dire,
« Elle s’est arrêté seulement après avoir remarqué que son pare-brise était fracassé, son miroir droit arraché et son capot renfoncé. »
elle a entendu un « bang » mais s’est arrêté seulement après avoir remarqué que son pare-brise était fracassé, son miroir droit arraché et son capot renfoncé.

Les ambulanciers sont arrivés et m’ont placé dans une civière avec collet cervical pour me transporter à l’Hôpital général de Montréal. Par miracle, je n’avais rien de cassé et je suis sorti de l’hôpital le soir même. J’ai quand même dû faire 3 semaines de physiothérapie et 3 mois d’étirements et de musculation pour retrouver la force et la souplesse de mon dos.

Encore aujourd'hui, je ne tourne pas la tête aussi loin du côté gauche que du côté droit. 

Par ce témoignage j’aimerais demander au gens d’être attentif et d’éviter les distractions en conduisant.

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